CAP21 Nord-Pas-de-Calais, mouvement écologiste, humaniste et citoyen animé par Corinne Lepage pour un développement durable.
Les rémunérations exorbitantes des « grands patrons » portent en elles-mêmes les germes d'une révolution populaire. Vu de l'extérieur du monde de l'entreprise, les dits revenus sont fixés à partir de critères « techniques » : importance de la société ; expérience et compétence du dirigeant, et ses exigences !
L'échafaudage des composantes des fortes rémunérations a superposé au fil des ans des strates de revenus sans limites, suivant le principe du « toujours plus ». Au salaire fixe se sont ajoutés des primes variables, puis des stock-options, enfin de multiples avantages à incidences financières majeures : gratifications d'arrivée et de départ ; jetons de présence ; assurances-retraite ; couvertures sociales et médicales ; avantages divers en nature : voitures avec chauffeur, appartements de fonction, voyages, adhésions à des clubs privés, etc., qui relèvent davantage de l'abus de biens sociaux que d'une saine gestion de l'entreprise.
Conséquence : le ratio salaire maximal sur salaire moyen a été multiplié par 30 en dix ans, pour atteindre le chiffre effarant de 200, alors que le bon rapport ne doit pas dépasser 20, suivant l'avis des experts en management.
Peut-on imaginer que de tels écarts soient sans effet sur une opinion publique par nature sensible à ce qu'elle estime être une injustice, et portée, par réflexe, à la combattre par tous les moyens ? Bien sûr que non. Déjà des hommes politiques et de grands patrons, en France ou aux États-Unis, crient « au loup » .
Mais rien ne bouge sur l'essentiel. Les deux dernières années, les rémunérations des patrons du CAC 40 ont augmenté de 15 %, alors que les entreprises perdaient 20 milliards d'euros dans le même temps... les 40 premiers étant payés 500 fois plus que le smic !
Aucune justification, de quelque nature qu'elle soit - et Dieu sait combien d'arguments sont avancés pour « justifier » ces excès (comparaison avec les stars du spectacle et du sport ; prix de l'excellence, donc de la rareté ; moteur du dynamisme personnel en l'absence d'autres formes de pouvoir...) -, ne peut justifier cette démesure, alors que les Français peinent à trouver du travail.
Il suffira d'une nouvelle crise économique importante, circonstance quasi systématique à l'origine des révolutions qui ont marqué les siècles récents, pour qu'une répulsion à l'égard des trop hauts salaires se manifeste vigoureusement. Les possesseurs de jadis estimaient aussi avoir toutes les raisons de justifier leurs revenus, leur compétence, dont profitaient les salariés de leurs entreprises, n'étant pas la moindre. Il a suffi de mécontentements populaires généralisés pour que ces abus soient corrigés.
Quelle solution retenir pour éviter d'en arriver là ? D'eux-mêmes, les actionnaires des grandes firmes mondiales - et pas seulement nationales, ce qui serait utopique - doivent ramener ces excès à des niveaux acceptables.
L'entreprise est aujourd'hui le moteur essentiel du progrès sociétal. Elle est la source des richesses, donc de l'amélioration de notre niveau de vie ; modèle d'intégration et, plus que tout peut-être, le centre unique de la vraie responsabilité humaine qui ne pardonne pas les fautes de gestion.
Les dérives superflues que j'évoque ne sont pas dignes de ce qu'elle représente !
Source : Michel Le Net (Cercle Ethique des Affaires)