CAP21 Nord-Pas-de-Calais, mouvement écologiste, humaniste et citoyen animé par Corinne Lepage pour un développement durable.
20 Aout 2009
Le quotidien Le Monde du 19 aout 2009 indique que "Depuis le 9 août, une barre de combustible nucléaire est en suspens au-dessus du coeur du réacteur n° 1 de la centrale de Gravelines (Nord). Son exploitant, EDF, met actuellement au point un dispositif permettant de retirer sans dommage cet assemblage. Sorti aux trois quarts de son emplacement normal lors de la préparation d'opérations de déchargement du combustible, il joue les épées de Damoclès."
Cet incident ressemble beaucoup à celui qui s'est produit à la centrale du Tricastin (Vaucluse) (Cf schéma source : ASN) en septembre 2008. L'opérateur EDF se veut rassurant sur les conséquences éventuelles de la chute de l'assemblage. Néanmoins, en septembre 2008, l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) identifiait néanmoins les risques suivants :
"Dans la situation actuelle, une éventuelle chute des deux assemblages pourrait avoir deux conséquences : un risque de criticité, à savoir le déclenchement d'une réaction en chaîne incontrôlée, et un risque de relâchement à l'intérieur et à l'extérieur de la centrale de produits de fission gazeux."
Face à cet incident, l'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) a procédé à une inspection le 10 aout 2009 et a produit un rapport daté du 14 aout 2009 contenant pas moins de 13 demandes d'actions correctives. Cette inspection a mis en évidence, si on prend référence sur ce rapport des dysfonctionnements dans l'organisation de l'exploitation par rapport à la prise en compte de la sûreté.
Des défaillances ont ainsi été constatées concernant la transmission d'informations critiques aux opérateurs en salle de commande et il s'avère que le retour d'expérience de l'incident similaire survenu à Tricastin n'a pas été complètement intégré, ni par les opérateurs, ni par l'encadrement de la centrale.
CAP21 s'interroge donc sur l'exploitation des centrales nucléaires par EDF et est préoccupé par la conjonction de ces incidents répétés et l'exigence intrinsèque de rigueur pour l'exploitation des centrales nucléaires.
CAP21 rappelle en outre sa préoccupation suite à la volonté de l'exploitant de prolonger la vie des centrales nucléaires du parc français alors que l'on ne connaît que mal les effets du vieillissement des cuves de réacteur et autres équipements due à l'activité neutronique.
CAP21 est aussi très inquiet suite à la confirmation qu'apporte Le Canard Enchaîné du 15 juillet dernier de la continuation de la politique d'externalisation de la maintenance à des entreprises sous-traitantes. Ces intervenants extérieurs prennent des risques plus élevés, ne sont pas toujours formés et habilités (!) et ne bénéficient pas du même suivi dosimétrique d'exposition et du suivi médical du personnel titulaire EDF. Le Canard Enchaîné confirme ce qui a été déjà dénoncé dans l'ouvrage "Vers un Tchernobyl Français" d'E. Ouzounian en 2008 ou dans le précédent "Atomic Park" de J.-Ph.Desbordes en 2006.
En conclusion, CAP21 pose la question que de nombreux citoyens se posent :
Entre l'impératif de sécurité, qui passe par la formation et la rigueur dans la sûreté nucléaire et l'objectif d'amélioration de la rentabilité au profit de l'actionnaire, EDF entame-t-elle un glissement dangereux non-avoué sur un chemin qui peut mener un jour à un accident majeur ?
Michel EYRAUD, délégué régional CAP21 Nord-Pas de Calais