Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

CAP21 Nord-Pas-de-Calais, mouvement écologiste, humaniste et citoyen animé par Corinne Lepage pour un développement durable.

Publicité

Le point sur les boues toxiques du Canal de Roubaix: une affaire qui sent mauvais !!

Dans le cadre du projet « Blue link », 240.000 M3 ( !) de boues en provenance du Canal de Roubaix doivent être déversées sur la friche Kuhlmann (PCUK), une  partie (la plus grande) coté Wattrelos sur la friche Kuhlmann proprement dite (au fond de larges fosses creusées dans le terril de phospho-gypse), une autre partie coté Roubaix sur un terrain vague qui prolonge la friche au sud du canal et qui se trouve à proximité immédiate des maisons de la Rue de Leers et de l’Ecole maternelle Charles Perrault, on est là dans le quartier du Sartel. Roger Sinko, le dynamique président de l’Association de défense du Sartel, a dénoncé ce projet de stockage des boues en pleine zone urbaine (Clic-clac de Nord-Eclair du 30 Janv.).

 

Ces boues sont très nauséabondes, mais elles sont surtout très toxiques, on sait en effet qu’elles sont chargées en métaux lourds. Leur stockage sur la friche PCUK risque donc d’entraîner une pollution de la nappe phréatique sur un large secteur, même si les aires de stockage sont censées être protégées par une « surface isolante » ( ?) comme l’annonce le site Internet de la Ville de Wattrelos. D’autre part, ce qu’il faut craindre aussi, c’est que par temps sec les boues se transforment en poussières nocives qui, emportées par le vent, pourront se déposer dans la cour de l’école toute proche mais aussi dans les jardins du voisinage et même beaucoup plus loin. (Le risque est d’autant plus grand que, comme on le verra, les boues seront préalablement asséchées avant épandage). On comprend l’inquiétude des habitants des quartiers environnants de Wattrelos et de Roubaix (et du Sartel en particulier)! Ce qu’on ne comprend pas en revanche, c’est que lorsque Roger Sinko avait interpellé au cours d’une réunion le promoteur du projet, M. Slimane Tir, sur la question des nuisances prévisibles, ce dernier avait répondu sans ciller : « C’est au Conseil général de gérer ce type de problème » …

 

En réalité, ce « type de problème » n’est absolument pas du ressort du Conseil général. Le mensuel LilleMétropoleInfo de Fev. 2007 rappelle fort à propos que la réhabilitation de la friche Kuhlmann (déjà très polluée par le chrome…) doit se faire dans le cadre d’un accord de partenariat : « L’Union européenne, Lille Métropole Communauté Urbaine, les communes, les Voies navigables de France et le propriétaire du site ont signé un accord qui accélérera la reconversion du site en espace naturel dans le cadre du projet européen Blue link. Ce dossier a été bouclé par l’Etablissement Public Foncier (EPF), organisme avec lequel Lille Métropole Communauté Urbaine travaille depuis 1996 ». Le Conseil Général n’étant pas impliqué, comme l’a d’ailleurs confirmé son président (Clic-clac de Nord Eclair du 7 Fev.), il est bien clair que c’est à LMCU de prendre ses responsabilités dans cette affaire (qui n’est pas du tout bouclée, comme elle voudrait nous le faire croire).

 

Malheureusement, il y a urgence. On vient d’apprendre en effet (Nord Eclair du 27 Fevrier, article de Marjorie Duponchel) que l’épandage des résidus toxiques a déjà commencé. Apparemmment, on veut faire vite… M. Huot-Marchand qui dirige l’opération pour le compte de l’EPF explique dans cet article que « Les boues sont analysées et retournées plusieurs fois afin de les assécher » et que « Les boues qui dépassent le seuil défini de teneur en métaux lourds sont évacuées vers un autre site spécifiquement conçu pour traiter les matériaux pollués ». M. Huot-Marchand ne précise pas quel est le « seuil défini » ni par qui il a été défini, il ne précise pas non plus quelle sera la proportion des résidus toxiques qui seront évacués pour être traités, mais il ne s’agit là sans doute que de détails techniques sans importance… Pour l’EPF, il n’y a donc aucune raison de s’inquiéter : les boues ne sont pas dangereuses et la pollution qu’elles peuvent générer est une pollution limitée, tout à fait acceptable, une pollution écologique en quelque sorte…

 

En réalité, la pollution sera sans doute plus importante qu’on ne le laisse entendre, la journaliste nous révèle en effet qu’il sera nécessaire de la confiner: « Sur le reste du site, l’idée est de confiner la pollution en curant les 4 voies d’assainissement qui se trouvent sous le terrain et qui se déversent dans l’Espierre et en créant une zone marécageuse » avec de l’argile imperméable (tout aussi étanche sans doute que la « surface isolante » susmentionnée). Toujours dans le même article, M. Huot-Marchand explique que ce marécage servira de « zone-tampon ». S’il est nécessaire de confiner la pollution résiduelle dans une « zone-tampon », on peut évidemment supposer que c’est parce qu’elle est encore trop importante pour être évacuée directement vers la station d’épuration (du Grimonpont). Mais ce qui est difficile à comprendre, c’est que ce confinement sera largement théorique puisqu’il sera également nécessaire d’élargir l’Espierre pour faciliter l’écoulement des eaux (mais « pas plus de 2 litres/sec » nous dit M. Huot-Marchand décidément très convaincant…). En résumé, il faut retenir la pollution résiduelle, parce qu’elle est trop importante, mais en même temps il faut l’évacuer assez rapidement vers la station d’épuration…

 

Tout cela est très vasouillard, c’est le cas de le dire. Ce qui est clair cependant, c’est que dans ces conditions, il ne sera évidemment pas possible de transformer la friche Kuhlmann en un « espace naturel, aire de détente et de promenade », comme l’annonce la Ville de Wattrelos sur son site Internet. La journalise précise bien, sur la base des informations fournies par M. Huot-Marchand, qu’il « s’agira plutôt d’un espace rendu à la nature, avec de la verdure et des marécages » mais que ce ne sera pas un « deuxième parc urbain ». Il faut espérer qu’on pourra quand même se promener et se détendre dans cette « zone-tampon », avec des bottes en caoutchouc…

 

 Enfin, le plus renversant dans cette affaire, c’est cette info qu’on découvre également sur le site de la Ville de Wattrelos : « Si la friche Kuhlmann a été finalement retenue, c’est que cela permet d’obtenir des fonds importants pour sa requalification (dépollution, confinement, espace naturel) ». Autrement dit, pour traiter l’énorme pollution  déjà existante sur le site, on n’a pas trouvé d’autre solution que d’en rajouter une couche en y déversant, sans traitement préalable, les boues toxiques du Canal de Roubaix ! C’est donc la pollution rajoutée qui permettra de financer le traitement de la pollution déjà existante.Voilà une conception tout à fait ébouriffante de l’écologie…

Cette affaire soulève un certain nombre de questions très préoccupantes  et qu’il est grand temps de poser publiquement :

  1. Pourquoi n’a-t-on pas choisi un autre site, hors zone urbaine, pour le stockage des boues ?
  2. Pourquoi a-t-on retenu l’option anti-écologique de l’épandage sans traitement préalable ? Dans Nord Eclair du 2 Dec. 2006, Christian Traisnel, président du Cd2e (structure d’accompagnement des éco-entreprises) avait déjà posé les bonnes questions : « Où mettre ces déchets ? Comment les traiter ? On ne pourra pas se contenter de les stocker ». C’était à propos des boues de curage du Canal Seine-Nord mais les mêmes questions se posent évidemment à propos du Canal de Roubaix. C’est pourquoi on aimerait savoir si les responsables de l’opération ont pris la peine de contacter les entreprises qui proposent des procédures écologiques de traitement des résidus toxiques (par l’intermédiaire du Cd2e par ex.).
  3. Quel est le volume exact des boues qui seront retirées du Canal de Roubaix ?
  4. A quels endroits précis seront-elles déversées ?
  5. Quel est le volume exact des résidus (chromés ou autres) déjà présents sur le site (de part et d’autre du canal) ?
  6. Si des analyses préalables ont bien été effectuées en différents points du canal, pourquoi les résultats n’en ont-ils pas été publiés ?
  7. Si d’autres analyses doivent être effectuées sur le site (à l’arrivage des boues), peut-on espérer que les résultats en seront publiés ?
  8. Quel est « seuil défini de teneur en métaux lourds » ? Par qui a-t-il été défini ?
  9. Quelle est la proportion des résidus trop toxiques qui seront évacués vers un autre site (lequel ?) pour être traités ?
  10. A-t-on prévu la mise en place d’un réseau de capteurs dans la nappe phréatique pour surveiller la qualité de l’eau ? 

    Il faut espérer que les élus concernés (et en premier lieu M. Slimane Tir, vice-président de LMCU chargé de l’Espace naturel métropolitain) accepteront de répondre à ces questions avant que l’opération de « requalification » (sic) ne soit trop avancée, sinon on risquerait de se retrouver devant le fait accompli.

  Bernard TRUANT.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article