CAP21 Nord-Pas-de-Calais, mouvement écologiste, humaniste et citoyen animé par Corinne Lepage pour un développement durable.

Mes amis,
Faut-il aller à la présidentielle ?
Dans un espace médiatique qui se réduit à « Nicolène et Ségolas », quelle place pour une voix comme la mienne, la notre, alors que la menace d’un second 21 avril est dans toutes les têtes.
Ma réponse –celle que je vous propose- est oui, tout simplement parce que nous avons eu raison dans nos analyses du passé –ce qui conforte celles de l’avenir- parce que ces idées sont celles de nombre de nos concitoyens qui ont eu tendance au cours des années passées à ne pas aller voter et parce qu’aucun candidat ne veut les porter.
Nous avons raison sur l’urgence écologique. 30° de différence en 8 jours à Paris ne semblent émouvoir personne, pas plus qu’un déficit de 40 % des nappes phréatiques dans les Landes, l’accroissement des exodes écologiques des populations du à la désertification ou la poursuite de la destruction organisée de la biodiversité faisant dire à de nombreux spécialistes que nous assistons à la sixième extinction de masse depuis l’apparition de la vie sur Terre.
L’inversion dans les raretés qui doit conduire à raisonner dans un monde aux ressources naturelles et aux matières premières limitées échappe à la réflexion, comme les transformations économiques qui doivent s’en suivre.
Avec Ecoresp nous avons apporté un début de réponse concrète mais il ne s’agit que d’une petite pierre à l’édifice.
Nous avons raison sur la crise sanitaire, chikungunya, menace de grippe aviaire, explosion des cancers. Après Tchernobyl où le mensonge d’Etat apparaît aujourd’hui dans toute sa crudité, ce sont les incinérateurs qui doivent être mis en cause, la toxicité d’une chimie qui pourrait être verte et fait encore le choix des pesticides à travers les filières OGM.
De même, les dizaines de milliers de nouvel Alzheimer et Parkinson annuels, les centaines de milliers de nouveaux cancers dont les causes environnementales sont plus que probables ne sont pas dans le débat public. Jusqu’où va-t-il falloir aller pour reconnaître que la politique actuelle nous conduit dans le mur ?
Nous avons raison sur le fait que la France est devenue une République bananière à laquelle la grande majorité des partis politiques ont participé.
Quel cynisme d’entendre ceux là mêmes qui ont tour à tour bénéficié du système, créé des cabinets noirs (les écoutes de l’Elysée) venir bêler avec les agneaux, à propos de Clearstream ou de l’amnistie présidentielle au demeurant inqualifiable de Guy Drut.
Mais combien de responsables politiques ont pu passer à travers les mailles du filet jusqu’à la situation ubuesque d’un procès où il n’y a que des corrupteurs et aucun corrompu.
Certes Outreau est un fiasco judiciaire pour lequel la tête du juge Burgaud est réclamée. Mais dans toutes les affaires où des millions voire des milliards d’euros ont été dérobés aux contribuables, quelle enquête parlementaire a-t-elle été menée pour rechercher pourquoi il n’y avait aucun responsable ? et qui se pose la question de la lenteur de la justice par manque de moyens et un empilement indigeste de lois qui s’accumulent sans se remplacer ?
Nous avons raison quand nous avons bataillé aux côtés des organisations laïques, des organisations féministes, des associations de musulmans laïques et républicaines contre la montée communautariste considérée comme inévitable, comme un fait acquis par certains. Nous ne pouvons accepter que l’ordre républicain soit bafoué, que le racisme progresse anti-blanc comme anti-maghrébin, que l’anti-sionisme s’affiche comme un antisémitisme violent, que certains quartiers soient abandonnés purement et simplement par la puissance publique et livrent des jeunes sans perspective à la prédation d’organisations religieuses extrémistes ou mafieuses.
Le lancement du Collectif contre le Racisme et l’Intégrisme auquel j’ai participé, aux côtés de l’UFAL, de SOS RACISME, d’organisations féministes, traduit cette préoccupation.
Nous avons eu raison sur les dénis de réalité sur laquelle vit la classe politique française complètement coupée de la vie réelle.
Cette situation nous conduit dans l’impasse et au chaos. Deux visions s’opposent :
- celle de la Droite qui refuse de comprendre que la croissance des inégalités est inacceptable sur le plan moral et conduit au même mur que l’impasse écologique,
- celle de la Gauche qui reste sur des promesses qui font rêver, mais qui sont incompatibles avec le trou abyssal des finances publiques auquel elle a largement contribué.
Sans efficacité économique aucune politique sociale sérieuse ne peut être menée.
Tournés vers la réparation du passé, ils n’intègrent pas l’avenir qui appelle une transformation rapide des modes de production et de consommation dans laquelle justice sociale et efficacité économique doivent enfin vivre en synergie.
Ils abordent aussi l’Europe de la même manière, sans vision, sans projet.
Nous avons raison quand nous défendons l’Europe. Oui je revendique d’appartenir aux 46 % des Français qui ont voté Oui, même si j’assume, de manière démocratique, le Non et si je comprends les angoisses qui ont pu conduire à cette réponse.
Malheureusement, nous ne pouvons que constater la lâcheté avec laquelle les gouvernements successifs ont fait porter sur l’Europe les choix indispensables qu’ils ne voulaient pas faire et se sont attribués les mérites des avantages que nous procurait l’Europe. La panne politique dont nous portons largement la responsabilité, la panne économique qui l’accompagne ont des conséquences plus importantes pour nous que pour d’autres.
Nous avons raison quand, depuis des mois nous soulignons que le clivage Droite/Gauche n’a plus guère de signification et que les solutions du 21ème Siècle ne se trouvent pas dans la pensée politique du XIXème. Personne n’a le monopole de l’intelligence et c’est dans l’intelligence collective que nous devons chercher nos solutions.
Nous sommes heureux de voir que d’autres comme François Bayrou nous rejoigne sur cette ligne mais elle n’a de sens que pour autant qu’un projet authentiquement alternatif soit formulé.
Oui la France est malade, ou tout au moins elle est malade de ses élites, car je suis émerveillée, lors de mes nombreux déplacements, du nombre d’initiatives qui fleurissent au niveau économique, social ou environnemental. Mais ces envies d’entreprendre et de créer se heurtent aux murs administratifs et au poids immense de quelques grands lobbys qui font en réalité la loi dans notre pays, du fait des consanguinités des conflits d’intérêts non gérés, d’un clientélisme inavoué.
Or, ces idées, Mes Chers Amis, elles sont partagées par nombre de nos concitoyens qui ne peuvent les exprimer et je ne vois pas qui, à part nous, dans le paysage politique peut aujourd’hui les porter dans leur globalité. Notre projet est profondément contemporain, parce qu’il se préoccupe du long terme tout en proposant des solutions transitoires immédiatement applicables, parce qu’il repose sur une exigence nouvelle de nos concitoyens : agir eux-mêmes.
Oui, je récuse l’idée d’un homme ou d’une femme providentiel, d’un Bonaparte ou d’une Jeanne d’Arc entre les mains desquels il faudrait remettre notre destin.
Ce destin nous pouvons, nous voulons le maîtriser collectivement.
C’est à une révolution douce que je vous appelle, la révolution des 5 R :
Ø Récupération du champ démocratique
Ø Réformisme écologique
Ø Réalisme politique
Ø Reconstruction de la République
Ø Réinvention du rêve européen
C’est notre première proposition : récupérer le champ démocratique, en mettant fin à la captation par une nouvelle noblesse et un nouveau clergé du droit de décider pour nous et de continuer à nous précipiter dans le mur.
N’oubliez pas la signification de notre mouvement Citoyenneté/Action/Participation. CAP 21 c’est le mouvement de la société civile et la société civile doit prendre le pouvoir en ce que chacun doit pouvoir agir ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Non seulement l’Etat ne protège pas contre les effets négatifs de la mondialisation mais il agit à contre courant et empêche les citoyens de répondre localement au monde qui change. Le consommateur, le constructeur, l’éducateur que nous sommes veut pouvoir organiser sa vie pour maîtriser son destin. Au pouvoir politique de lui permettre de le faire.
Cela signifie aussi instaurer une véritable démocratie participative avec référendum d’initiative populaire, transformation du Conseil Economique et Social en collège de la société civile, réforme complète du régime des enquêtes publiques, réforme du régime du secret et en particulier défense pour reconnaître une liberté d’accès à l’information, comme aux Etats Unis.
La récupération du champ démocratique c’est la liberté donnée aux citoyens et aux collectivités locales recomposées en grandes régions de se réapproprier leur territoire à partir de la révolution énergétique qui se prépare.
C’est accepter la décentralisation énergétique et le droit de chacun de recourir à une électricité autonome, c’est recomposer le territoire autour d’entreprises non délocalisables car centralisables privilégiant les trajets courts.
La récupération du champ démocratique c’est l’exigence de vrais débats et non des débats organisés quand les décisions sont prises (EPR) ou qui aboutissent à des décisions directement opposées à celles proposées à l’issue du débat. Cela signifie tout simplement le respect de nos droits communautaires sans cesse bafoués.
La récupération du champ démocratique c’est la responsabilité partagée entre des citoyens qui assument leurs choix et des politiques qui ne sont ni dans le mensonge ni dans le cynisme.
La récupération du champ démocratique c’est une vraie organisation du débat social. L’exemple du CPE ou dans un autre registre de la fusion GDF-SUEZ démontre l’absurdité de choix autoritaires, non discutés, non négociés.
C’est entre partenaires sociaux que doivent se discuter les questions sociales, l’Etat n’intervenant qu’en cas d’échec. Dans ce contexte un renforcement du pouvoir réel des syndicats et l’ouverture vers une plus grande représentativité est une nécessité. Des exemples étrangers pourraient être suivis. La grève ne doit plus être dans ce pays le seul outil de dialogue mais bien un ultime recours.
Cette montée en puissance de la société civile est indispensable pour engager la réforme éco-écologique indispensable tant sur le plan écologique et sanitaire que sur le plan économique et sur le plan social.
Les Nouvelles Technologies Environnementales doivent prendre la suite des NTIC pour assurer un nouvel essor économique. Si la croissance infinie est un leurre, il est un développement économique porteur de progrès social et sociétal possible. C’est celui que je propose articulé sur des mesures fortes permettant aux éco-entreprises des NTE de changer un rapport de force qui leur est particulièrement défavorable et de créer plusieurs dizaines de milliers d’emplois.
Celle-ci doit s’accompagner d’une réforme fiscale de grande ampleur dont une des propositions sera une modulation de la TVA en fonction de l’impact environnemental et social du produit.
Mais cela ne suffira pas sans une révision massive des choix de l’Etat : par le moratoire sur les constructions de nouvelles autoroutes auxquelles se substitueront des investissements sur le rail, la voie d’eau et les transports collectifs.
A l’instar de l’Angleterre, des pays du Nord de l’Europe, une véritable comptabilité publique patrimoniale doit être mise en place permettant d’accroître le patrimoine national et non de réduire et d’évaluer les choix publics à l’aune de ce critère.
Cette évaluation objective des impacts socio-économiques des choix publics, intégrant les données sanitaires sera systématisée afin que cessent les choix absurdes qui méconnaissent la santé publique et transforment les citoyens en cobayes contributeurs des erreurs commises et non sanctionnées.
Dans ce contexte et pour ouvrir la politique à la société civile, il est indispensable de prendre quelques mesures simples : mandat unique dans l’espace et dans le temps, création d’un fonds particulier permettant la conversion des élus une fois le mandat achevé dans l’hypothèse où ils ne trouveraient pas immédiatement d’emploi.
Ceci nous conduit au troisième principe celui du réalisme ou encore de la sortie du déni de réalité dans lequel nous sommes enfermés.
Le réalisme, c’est reconnaître que l’état de nos finances publiques nous impose de redéfinir le périmètre de l’Etat tout en réaffirmant la nécessité d’un pouvoir politique fort sur les missions régaliennes.
Entendons nous bien. Il ne s’agit pas de déréguler surtout dans des secteurs qui comme le secteur énergétique vont imposer au contraire dans les années qui viennent une reprise en main par l’Etat.
Il s’agit de faire en sorte que les moyens des fonctions régaliennes de l’Etat soient assurés ce qui n’est plus le cas. Oui, nous avons besoin d’un maintien de l’ordre public, de la reconquête des territoires perdus de la République, de l’égalité devant la sécurité qui n’est plus assurée. Oui nous avons besoin d’un système éducatif performant et d’une recherche universitaire innovante.
Le réalisme c’est reconnaître que les inégalités s’accroissent et que l’intégration est en panne. Certes, il est difficile en période de crise économique d’améliorer la redistribution. Mais au moins les scandales des stocks options contre les intérêts de l’entreprise ou des golden parachutes doivent cesser tout simplement pour réaffirmer la nécessité d’un pouvoir politique fort. Le réalisme, c’est de ne plus avoir à payer pour un Crédit Lyonnais ou des frégates Taïwanaises.
Le réalisme c’est reconnaître qu’à l’impasse écologique s’ajoute une impasse sociale.
Séniors dont les retraites ne seront plus assurées, jeunes dont les emplois ne sont pas assurés, femmes dont la situation se dégrade, précarité qui s’accroît, notre modèle ne fonctionne plus faute de courage politique et de choix faits en temps et en heure.
Un développement économique fondé sur les NTE peut permettre un certain espoir économique. La relocalisation de l’activité industrielle ne limite pas seulement les émissions de gaz à effet de serre généré par les transports, mais recompose le tissu économique. Le passage du seul produit à une vision du service est créateur d’emploi.
Sur le plan social, il faudra admettre beaucoup plus de flexibilité sur l’âge de la retraite, le temps de travail, les conditions d’emploi mais en contrepartie beaucoup moins de précarité dans les conditions de vie. Un véritable droit à la formation continue par un crédit formation sur la durée de vie doit voir le jour. L’indemnisation du chômage peut-être plus longue si elle est encadrée et avec des obligations en s’inspirant du modèle suédois. Le réalisme impose des efforts partagés et justes.
Oui, la police, la justice, la sécurité sont indispensables dans une société démocratique, oui l’ordre public protège le faible contre le fort, y compris et surtout quand il est barbare.
Oui, nous avons à reconstruire des institutions car c’est au plus haut niveau que l’exemple doit être donné, si la loi doit être la même pour tous, il doit en aller de même de la justice en garantissant son indépendance et en lui donnant les moyens d’être rapide et efficace.
C’est la raison pour laquelle la reconstruction républicaine s’impose pour mettre un terme à la dérive bananière de nos institutions :
Une nouvelle Constitution, une VIème République, avec un régime présidentiel, un Parlement doté de tous les pouvoirs (dont les parlements sont dotés dans les démocraties avancées), un véritable pouvoir judiciaire totalement coupé de l’exécutif ce qui implique un Conseil Supérieur de la Magistrature indépendant, dont les membres, à majorité venus de la société civile, seraient élus par 3/5e de l’Assemblée Nationale et non pas nommés comme aujourd’hui.
Dans cette Constitution les valeurs de la République devraient retrouver leur plein effet, de manière pratique par la reconquête de l’ordre dans les quartiers, par l’abandon de cette politique trop souvent menée qui aboutit à déléguer à des grands frères la paix civile. Le refus de tout communautarisme et l’affirmation d’une laïcité ferme est un impératif dans une société diversifiée comme la nôtre. La pratique d’une religion et l’attachement nécessaire à des racines relèvent de la sphère privée. La neutralité de l’Etat est la condition de l’égalité de tous et du respect de chacun.
Cette reconstruction républicaine passe bien entendu par la suppression de tout ce qui dans notre arsenal juridique permet les dérives politico-financières auxquelles nous avons assistées au cours des années passées.
Un véritable contrôle de l’utilisation des fonds publics, qui est un des droits fondamentaux de l’Homme et du citoyen doit mettre un terme à toutes ces sommes extravagantes dépensées en pure perte, pour compenser des choix absurdes ou des rétro-commissions. A l’évaluation sérieuse, globale et débattue des coûts et avantages collectifs des projets doit correspondre la disparition des décisions purement politiques dont les conséquences ne sont pas mesurées et pas discutées. Le contrôle et la sanction des ordonnateurs est un impératif comme doit l’être la lutte sans faille contre toute forme de trafic d’influence à fortiori de corruption.
Enfin, il convient de réinventer l’utopie européenne.
L’Europe est en panne et la France a le plus grand besoin de l’Europe contrairement à ce que beaucoup pensent.
Notre avenir c’est l’Europe, dans un monde où les risques géostratégiques ne cessent de croître, seule la construction d’une Europe politique puissante est de nature à assurer à terme notre sécurité et notre développement.
Je pense en particulier à nos jeunes, à l’égard desquels notre responsabilité générationnelle est plus importante que celles qui nous ont précédé, la précarité, le sentiment d’un monde plus difficile demain qu’aujourd’hui, le manque d’espoir nous sont largement imputables.
A nous de créer, grâce à un nouveau dynamisme économique, à une vraie générosité en leur direction, les conditions de l’optimisme que d’autres jeunes possèdent. Cela passe notamment par des réponses aux questions concrètes de leur vie quotidienne : santé, pouvoir d’achat, place dans la société, emploi, accès aux études, citoyenneté, respect.
Mes amis ce n’est pas un parcours facile que je vous propose, le chemin sera difficile.
C’est donc sur nous que nous pouvons compter et sur tous les relais que vous saurez mettre en place dans la société civile.
Les blogs que nous avons mis en place sur internet constituent également des outils primordiaux pour conquérir de la visibilité politique et je vous encourage à parler autour de vous du site des amis de Corinne Lepage.
Certes, nous n’avons pas les moyens de grands partis pour nous acheter des noms de domaine, ou lancer des milliers de spams et ce n’est pas la conception que je me fais d’ailleurs de la politique.
Mes Amis, c’est à un combat de David contre Goliath auquel je vous invite. Pour que, une fois encore, David gagne. Mais je ne suis pas David, David, c’est vous ! Je ne suis que la fronde que vous utilisez pour battre Goliath.
Je suis convaincue que vous porterez le message et qu’ensemble nous surprendrons.
Prononcé à Paris, le 17 juin 2006
Corinne LEPAGE
Présidente de CAP 21